icone du toucanXXe siècle

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Rouages rouillés – Ancienne distillerie de Matoury (milieu du XXe siècle).

- 1er décembre 1900. A Berne, le Conseil fédéral suisse met fin au contesté franco-brésilien en se prononçant en faveur des arguments défendus par le Brésil et fixe la frontière sur l'Oyapock. Cette décision a pour conséquence l'émigration massive des Palikur, originaires des savanes inondables de l'extrême nord de l'Amapá, sur la rive française du fleuve. Toutefois, frappés par une violente épidémie de paludisme, les deux tiers des survivants retournent au Brésil dès 1910.
- Juillet 1902. Après l'éruption de la montagne Pelée qui rasa, le 7 mai, Saint-Pierre en Martinique, 82 réfugiés sont installés à la pointe Saint-Joseph, à Cayenne. Par la suite, jusqu'en octobre 1903, plus d'un demi-millier de Pierrotins est installé à Montjoly pour y développer l'agriculture.
- 1908. La Guyane produit officiellement 4 471 kg d'or cette année-là. C'est l'apogée du premier cycle de l'or (1854-1950).
- 1910-1930. La population des mineurs dans l'intérieur de la Guyane est estimée à 10 000 personnes ; 85 % sont originaires des Antilles anglaises, et principalement de Sainte-Lucie.
- 28 mars 1912. Marie Aline Damas met au monde, à Cayenne, Léon-Gontran et sa sœur jumelle Gabrielle, qui meurt en bas âge.
- 26 septembre 1913. Promulgation au Journal officiel de la Guyane française de la loi concrétisant la conscription dans les 4 vieilles colonies. Pendant la Première Guerre mondiale, la Guyane mobilise ainsi 2 353 hommes (soit environ 20 % de la population masculine), 1 610 partent au front et 286 paient « de leur vie leur attachement à la Mère Patrie ».
- 21 février - 30 mai 1921. Grève des piroguiers aluku et ndyuka. En raison de l'absence de travail (dû au déclin de l'orpaillage) et de l'augmentation des prix (due à une dévaluation), les revenus des piroguiers ne cessent de baisser. Ils bloquent toute activité sur le Maroni pendant plus de 3 mois ; la Commissie Albina conclut que leurs revendications sont justifiées.
- 8 août 1923. Publication dans le Petit Parisien du premier article d'Albert Londres condamnant le bagne.
- 19 avril 1927. A bord de La Martinière, Guillaume Seznec accoste à Saint-Laurent-du-Maroni. Accusé du meurtre du marchand de bois et conseiller général du Finistère Pierre Quéméneur, le matricule 49 302 est gracié par le général de Gaulle le 2 février 1946. Il meurt le 13 février 1954, à 76 ans.
- 6 août 1928. Jean Galmot meurt, probablement empoisonné, à l'âge de 49 ans. Homme d'affaires et homme politique qui n'a cessé de condamner les fraudes et malversations des élus, il avait de nombreux ennemis. L'annonce de son décès provoque, à Cayenne, l'émeute de ses partisans et fait 6 morts chez leurs opposants. Au procès de 14 émeutiers, à Nantes, Gaston Monnerville, un jeune avocat de 34 ans, s'illustre par sa plaidoirie. Celle-ci produit un effet considérable sur les jurés qui se prononcent pour l'acquittement.
- 6 juin 1930. Pour reprendre le contrôle de l'intérieur de la Guyane en proie aux « bricoleurs » et « maraudeurs » de l'orpaillage, un décret institue le Territoire de l’Inini, qui couvre toute la colonie en-dehors de la bande côtière (soit 80 000 km²) ; placé sous l'autorité directe du gouverneur de Guyane, il échappe au pouvoir politique local.
- Août 1931. Totalement oubliés des administrations, les Wayana et Teko sont « redécouverts » par la mission Monteux-Richard. Benjamin Perret, qui doit rejoindre l'Oyapock depuis le haut Tampock, compte au total 68 Teko répartis dans 4 villages. Les Wayampi, sur l'Oyapock, sont à leur tour « redécouverts » par la mission de juillet à septembre 1939 du docteur Heckenroth.
- 19 septembre 1931. 395 « Annamites » sont transférés vers l'EPS (Etablissement pénitentiare spécialisé) de la crique Anguille, sur la Tonnégrande. Après le soulèvement nationaliste de Hanoï en 1930, 525 condamnés politiques ou de droit commun avaient, en effet, été embarqués pour les bagnes de Guyane. Les conditions de vie y sont tellement effroyables que les détenus commencent, en 1937 puis 1938, une grève de la faim pour protester. Ce bagne est finalement fermé en 1939 et un décret permet aux condamnés de retourner dans leur pays, leur peine purgée ou non ; 80 libérés saisissent l'occasion mais la guerre interrompt la suite des rapatriements.
- 14 octobre 1933. Henri Charrière, condamné deux ans plus tôt aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre de Roland Legrand, un ami proxénète, débarque à Saint-Laurent mais le matricule 51 367 parvient à s'évader définitivement au Venezuela en 1944. Il rentre en France en 1969 et publie en mai de la même année Papillon, le récit contesté de son expérience du bagne. Il meurt en 1973 à 67 ans.
- 1934. Les Eaux et forêts prennent la suite de l'administration pénitentiaire dans la gestion des 7 500 000 ha de forêt guyanaise, domaine privé de l'Etat. Ce service est remplacé en 1966 par l'Office national des forêts (ONF) qui gère aujourd'hui l'exploitation d'un réseau de 55 forêts aménagées, d'une superficie totale de quelque 850 000 ha.
- 17 juin 1938. Grâce en partie à Gaston Monnerville (député de Guyane et rapporteur en 1936 d'une commission ministérielle, créée par le Front populaire, sur la réforme du bagne), le président Albert Lebrun signe un décret-loi mettant fin aux travaux forcés.
- 1940. L'Institut Pasteur de Guyane remplace un institut d'hygiène créé en 1914. Le docteur Hervé Floch, son premier directeur, mettra au point un traitement contre la lèpre et sera reconnu comme expert du paludisme par l'OMS. Les collections de cet institut comptent aujourd'hui 270 espèces de moustiques.
- 17 mars 1943. A Cayenne, au lendemain d'une manifestation au cours de laquelle un immense défilé improvisé avait scandé « Dissidence ! Dissidence ! » ou « Nous voulons du pain » pour protester contre le gouverneur, les privations et les injustices, des hommes acquis à la France libre rejettent l'autorité de Veber, tant décrié la veille, instaurent un Comité de ralliement et assument la direction de la colonie. Au total, 822 hommes partiront de Guyane pour participer au combat pour la libération de la France.
- 17 mai 1944. Mort au Caire de Félix Eboué. Le gouverneur général de l'AEF, en faisant rallier le 26 août 1940 le Tchad à la France libre, transforme tout l'AEF en une véritable plaque géostratégique d'où partent les premières forces armées de la France libre.
- 1946. Le bagne est définitivement fermé. En un peu moins d'un siècle (1852-1938), 73 000 condamnés (dont près de 2 000 femmes) ont été envoyés dans les bagnes de Guyane. En 1923, le journaliste Albert Londres témoigne de leur condition de vie (ici, dans les bagnes de Saint-Laurent et Saint-Jean) : « Manchots, unijambistes, hernieux, cachexiques, aveugles, tuberculeux, paralytiques, tout cela bout ensemble dans ces deux infernaux chaudrons de sorcière. Le bagne est un déchet. » ou encore : « Dans ces deux camps, on se croirait revenu à l'une des époques barbares de l'humanité, au temps sans médecins, ni pharmaciens. » A la même époque, un médecin du bagne ne donne pas 5 ans d'espérance de vie aux condamnés. Le taux de mortalité des bagnards oscillait en effet entre 26 % (1856), 4 % (1912) et 48 % (1942).
- 19 mars 1946. « Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française sont érigées en départements français. » Cette nouvelle structure politique et administrative est installée en grande pompe le 31 août 1947 par le premier préfet accompagné du ministre des Travaux publics et des transports, Jules Moch.
- 1947. Jean-Marcel Hurault (1917-2005), ingénieur géographe en chef à l'Institut géographique national (et fils du fondateur de l'IGN), effectue sa première mission de relevés géodésiques dans le sud du département puis ses 3 missions de 1956, 1961 et 1962 aboutissent à la reconnaissance de la ligne de partage des eaux de l'Atlantique et de l'Amazone qui délimite la frontière avec le Brésil. Promoteur de anthropogéographie, il rapporte de ses missions des témoignages essentiels sur les Amérindiens et les Noirs Marrons. Pour citer Claude Lévi-Strauss, « Jean-Marcel Hurault est un pionnier de la redécouverte ethnologique de la Guyane. »
- 30 août 1947. Robert Vignon atterrit à l'aérodrome de Cayenne à bord d'un « lourd Catalina ». Préfet jusqu'en 1955, il devient conseiller général d'Iracoubo (1961-1973), sénateur de Guyane (1962-1971) et le premier maire de Maripasoula (1969-1976). Il meurt le 9 octobre 1989 à Saint-Germain-en-Laye, à 79 ans.
- 1948. La Guyane compte moins de 30 000 habitants, dont environ 800 Amérindiens.
- 1949. Installation permanente, à Cayenne, d’une mission de recherches pluridisciplinaires. Ce centre devient l'ORSTOM en 1964 puis l'IRD en 1998. Il a désormais pour mission de conduire des recherches contribuant au développement des régions de la zone intertropicale.
- 20 mai 1949. Le corps de Félix Eboué est tranféré au Panthéon, le même jour que celui de Victor Schoelcher.
- 17 juin 1949. Raymond Maufrais, un aventurier âgé de 23 ans, s'embarque sur Le Gascogne avec pour projet de relier, seul et à pied, la Guyane française et le Brésil par les monts Tumuc-Humac, puis de redescendre le rio Jari jusqu'à la ville de Belém. Le 25 octobre, il arrive à Maripasoula. Quelque temps plus tard, il rencontre J.-M. Hurault sur le Petit Inini, en mission pour l'IGN, qui tente de le convaincre de faire demi-tour. Maufrais lui répond qu'il se sent engagé par ses déclarations et qu'il préfère la mort au ridicule. Le 1er janvier 1950, dans un état d'épuisement complet, il atteint le dégrad Claude, sur le Petit Tamouri. A bout de forces, il abat son chien Bobby et le dévore. Il décide alors de rejoindre à la nage le village créole de Bienvenue, à 70 km de là. Le 13 janvier, il place dans un petit sac étanche (donné par Hurault) les objets de première nécessité et se jette à l'eau. Personne ne le reverra plus.
- 9 novembre 1949. Par décret, Saint-Laurent-du-Maroni n'est plus une commune pénitentiaire et devient une commune de plein exercice.
- 1951. Les premiers Arawak, principalement originaires des villages du centre du Surinam, s'installent à Balaté, près de Saint-Laurent.
- 1955. Sur la place des Palmistes, on abat le célèbre palmyé dé roro, l'unique palmier royal (Roystonea oleracea) bifide au monde, devenu dangereux à l'âge de 134 ans. Le tronçon de séparation est toujours visible au musée Franconie.
- Septembre 1961. A la suite du naufrage de sa pirogue dans un saut du Maroni, André Cognat, un métallo lyonnais de 23 ans, est recueilli par le chef amérindien Malavate. Antecume ne quitte plus dès lors les Wayana et fonde le village d'Antecume Pata en 1967.
- 1964. Le Père Yves Barbotin (1909-1993) crée la Société zoologique de Guyane. Dans ses mémoires, l'ancien préfet Vignon témoigne (l'orthographe et la ponctuation sont de l'auteur) : « A un de mes premiers voyages, je rencontrais un personnage curieux, pourvu d'une longue barbe blanche, le torse nu et décharné comme celui d'un ancien forcat. Je crus que s'en était un. Pas du tout ! C'était le Révérend Père BARBOTIN, admirable prêtre, adoré de ses ouailles pour lesquels il se dévouait totalement. Il avait fondé une colonie agricole où il élevait des orphelins et qui fut le noyau de l'orphelinat créé, avec l'appui du clergé, à Montjoly. C'était aussi un véritable savant, de réputation internationale, sachant tout sur la faune locale et continuant ses recherches. Il réunit à Cayenne un petit groupe de chercheurs bénévoles mais efficaces qui firent avancer les connaissances dans un domaine où beaucoup reste encore à découvrir. » Cette société savante devient, en 1971, la Société d'études, de protection et d'aménagement de la nature en Guyane (SEPANGUY).
- 16 avril 1964. Le gouvernement de Georges Pompidou décide la construction de la base spatiale de Kourou, qui s'étend aujourd'hui sur 850 km² et 50 km de côte. Les premiers travailleurs brésiliens arrivent l'année suivante pour participer à sa construction.
- 1965. Création de l'Herbier de Guyane. Il comprend environ, en 2007, 160 000 spécimens de la flore des Guyanes mais son taux d'accroissement est de 5 000 à 10 000 spécimens/an. Cette collection est totalement disponible sur la base de données Aublet 2.
- 9 avril 1968. Premier lancement au CSG : il s'agit de la fusée-sonde météorologique Véronique.
- 17 mars 1969. Suppression du Territoire de l'Inini ; les Amérindiens et Noirs Marrons de l'intérieur deviennent citoyens français.
- 14 septembre 1970. « Considérant qu'il convient de prendre toutes dispositions pour assurer la défense de la santé publique ainsi que le maintien de l'ordre et de la sécurité des personnes dans l'intérieur du département », le premier article de l'arrêté préfectoral arrête : « L'accès du territoire du département situé au Sud de la ligne définie par Camopi sur l'Oyapock et le confluent de la Crique Ouaqui et du Maroni sur le Maroni, est soumis à une autorisation préfectorale pour toute personne non détentrice d'un ordre de mission ». Le « pays indien » (soit près du tiers de la Guyane) est désormais interdit aux touristes.
- 1975. Olivier Stirn, ministre des DOM-TOM, lance un plan de développement agricole pour la Guyane. Dès 1979, l'échec du Plan vert est patent en raison de l'effondrement du cours de la pâte à papier et de la faiblesse de l'immigration. En 1984, sur 200 exploitations créées, seules 30 sont jugées rentables. En 1989, la dette des exploitants est annulée, évitant la mise en faillite d'un grand nombre d'entre eux.
- 1975. Première forte immigration haïtienne liée à la dictature de Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc et ses Tontons macoutes), à la fermeture des autres destinations habituelles (Canada et Etats-Unis) et au lancement du Plan vert (besoin de main-d'oeuvre).
- 1975 - 1995. L'ORSTOM et le Bureau minier guyanais (devenu par la suite BRGM) investissent 280 millions de francs (soit un peu moins de 43 millions d'euros) dans l'inventaire minier et la cartographie géologique de la Guyane.
- 12 novembre 1976. Par arrêté préfectoral, Apatou devient la vingtième commune de Guyane.
- Début avril - juillet 1977. L'importance de la plage des Hattes pour la ponte des Tortues luths (Dermochelys coriacea) est reconnue depuis 1969 mais ce n'est que huit ans plus tard que des scientifiques suivent une saison de ponte complète. Sous les auspices du MNHN et du ministère de l'Environnement, Jacques Fretey et Jean Lescure, aidés de Daniel William et d’habitants du village des Hattes, installent un camp sur la presqu'île Kawana ; environ 3 000 femelles viennent au cours de cette saison.
- 3 septembre 1977. A Rochambeau, après 48 heures de voyage depuis Bangkok, les 45 premiers réfugiés hmong descendent du Boeing 747 pour rejoindre Cacao. En 2007, la majorité des 1 000 habitants de ce village est hmong ; sur la commune de Mana, le village de Javouhey (créé en 1979) compte, lui, 420 habitants.
- Octobre 1977. Pour la première fois dans les DOM, route du Galion, des panneaux solaires sont installés.
- 22 janvier 1978. Léon-Gontran Damas, poète de la négritude, professeur à l'université d'Howard et conférencier, décède à Washington. Ses cendres arrivent en Guyane en septembre, après un hommage en Martinique à l'initiative du député-maire et poète Aimé Césaire.
- 1979. Le Conservatoire du littoral acquiert la pointe Buzaré. Depuis, ce sont près de 3 200 ha côtiers que cet établissement public a soustrait à la pression urbanistique, auxquels s'ajoutent près de 10 000 ha de mangroves et marais remis par l'Etat.
- 1981. Après une décennie de production annuelle dérisoire (moins de 100 kg), la production aurifère repart avec 166 kg grâce à la nouvelle technique des barges suceuses qui couvrent les fleuves.
- Février 1982. Deux équipes du Service canadien de la faune comptent plus de 430 000 limicoles dans un recensement aérien des côtes guyanaises.
- 31 décembre 1982. Application aux DOM de la décentralisation métropolitaine. La Guyane devient une région, structure administrative et politique qui se superpose à celle du département créé en 1946.
- 1984. Création de la station de recherche de Paracou, consacrée à l'étude du fonctionnement de l’écosystème forestier amazonien. Sur 125 ha, 60 000 arbres sont cartographiés et mesurés à des périodes régulières. En outre, depuis 2003, une tour de 55 m bardée de capteurs mesure les échanges gazeux entre la canopée et l'atmosphère.
- 5 & 9 avril 1984. Un recensement aérien met en évidence l'importance des côtes guyanaises pour les échassiers (hérons, ibis, spatules...). Près de 30 000 oiseaux sont comptés en deux jours.
- 15 mai 1986. Publication officielle des premières listes des espèces animales protégées de Guyane. L'Ibis rouge (Eudocimus ruber), par exemple, est enfin intégralement protégé. Chassé pour sa chair et surtout pour ses plumes qui servaient à confectionner des fleurs artificielles, sa population ne cessait de décliner. On estimait à 5 000 le nombre de couples reproducteurs dans les années 70, ils n'étaient plus que 3 000 en 1976 tandis que 1983 ne vit aucune reproduction. En 1986, on compte 1 000 oiseaux et grâce à sa protection intégrale, la population se reconstitue avec 800 couples en 1987, 3 500 en 1988 et 4 500 en 1995. Toutefois, l'arrêté ministériel ne prend pleinement effet qu'au 1er janvier 1989, le temps d'écouler les stocks de fleurs en plume et la presse relate encore régulièrement des actes de braconnage.
- 29 novembre 1986. L'armée surinamaise attaque le village ndyuka de Moïwana (non loin du village frontalier d'Albina) et massacre une quarantaine de villageois. Cette tuerie accélère l'exode massif de réfugiés dans l'ouest de la Guyane. La préfecture estime à 9 000 le nombre de réfugiés sur le sol guyanais pendant cette guerre civile, le site du ministère des Affaires étrangères en dénombre 10 000, la CIMADE en compte 13 000, tandis que le site de l'ambassade de France au Surinam les évalue à 25 000 ; parmi eux, on compte un millier de Kali'na et d'Arawak accueillis à Awala et dans les quartiers péri-urbains de Saint-Laurent (Paddock, Balaté et Village Pierre) grâce aux réseaux familiaux. 6 000 « personnes provisoirement déplacées du Surinam » (PPDS) sont installées dans des camps par l'armée. En décembre 1986, deux camps sont mis en place (sur l'aérodrome de Saint-Laurent et dans l'ancienne léproserie de l'Acarouany sur le CD 10, commune de Mana). En avril 1987, deux autres sites sont ouverts sur le CD 9, au PK 9 (commune de Saint-Laurent) et sur le site de l'ancien bagne de Charvein (commune de Mana). Enfin en mai 1988, un dernier emplacement est installé sur le CD 9, au PK 11. Le 9 décembre 2007, à Charvein, les habitants rendent hommage à la mémoire des victimes de Moïwana... et élisent miss ex-PPDS 2007.
- Décembre 1986. Après la piste de Saint-Elie en 1984, le Radeau des cimes du botaniste Francis Hallé explore la forêt de la crique Couleuvre, à Montsinéry. Il revient survoler la forêt de Petit Saut en 1989 puis Paracou et la crique Voltaire en 1996.
- 31 décembre 1986. Le Plan Maroni prend fin.1 600 réfugiés n'ayant pas participé au programme de retour volontaire au Surinam changent de statut : les PPDS deviennent ESI (étrangers en situation irrégulière). Les camps sont détruits en septembre 1992.
- 14 avril 1987. Dans le décret 87-267 publié au Journal officiel (art. R. 170-56), le « commissaire de la République constate au profit des communautés d'habitants qui tirent traditionnellement leurs moyens d'existence de la forêt l'existence sur les terrains domaniaux de la Guyane de droits d'usage collectifs pour la pratique de la chasse, de la pêche et, d'une manière générale, pour l'exercice de toute activité nécessaire à la subsistance des communautés. » On peut considérer que cet article constitue une première reconnaissance juridique implicite des Amérindiens et des Noirs Marrons.
- 21 juillet 1989. Les accords de Kourou définissent le traité de paix entre Ronnie Brunswijk, représentant des Jungle commando, et les émissaires du gouvernement surinamais ; toutefois la guerre civile au Surinam se poursuit jusqu’en 1992, année marquée par la restauration d’un gouvernement élu. L'accord de paix ne sera, lui, jamais signé.
- Septembre 1990. Le trimetriel écologiste Le Pou d'agouti n°2 explique sur 5 pages les problèmes liés à l'utilisation du mercure dans l'orpaillage. Il s'agit sans doute du premier article abordant ce sujet dans un périodique guyanais.
- 1991. Avec l'introduction de la technique brésilienne de la lance à eau à haute pression (la lance monitor) pour liquéfier les terrasses alluvionnaires, la production aurifère se développe considérablement (1 417 kg en 1991, 2 870 kg en 1999) et place la Guyane au 50e rang mondial avec une production officielle de 2 à 3 tonnes par an dans la dernière décennie du XXe siècle.
- 7 novembre 1991. Décès à Paris de Gaston Monnerville. Il avait été, entre autres, député de Guyane de 1932 à 1946, maire de Cayenne de 1935 à 1940 puis de 1943 à 1945, sous-secrétaire d'Etat aux colonies de juin 1937 à mars 1938 et président du Sénat de 1958 à 1968.
- 1992. Création du groupement d'intérêt scientifique Silvolab-Guyane qui regroupe les organismes de recherche, de gestion et d'enseignement travaillant sur la forêt guyanaise (CIRAD, CNRS, ENGREF, INRA, IRD, Mission parc, MNHN, ONCFS, ONF, UAG).
- Juillet 1992. Dans la zone industrielle de Kourou, Yves Dejean et Henri Sec retrouvent les roches gravées de la Carapa, un vaste ensemble de 248 figures, principalement anthropomorphes.
- 8 décembre 1992. Création du premier espace protégé de Guyane. La Réserve naturelle de l'île du Grand Connétable (7 852 ha) constitue le seul site de reproduction des oiseaux marins de tout le plateau des Guyanes.
- 1993. L'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) s'installe en Guyane ; la principale mission de ses 3 agents est d'assurer la protection du site du barrage de Petit Saut et de participer aux opérations de sauvetage de la faune.
- 10 mars 1993. Le Groupe d'étude et de protection des oiseaux en Guyane (GEPOG) éclot. Son premier président est Alain Le Dreff.
- Novembre 1993. Un centre de soins pour oiseaux sauvages ouvre ses portes près de Saint-Laurent. Il héberge 128 oiseaux en 1994 et 220 en 2004. Ces oiseaux sont pour la grande majorité des Psittacidés (90 %) provenant essentiellement de saisies. Des particuliers apportent de temps à autre quelques rapaces victimes de la chasse ou d’accidents.
- Janvier 1994. Création de l'Association pour la découverte de la nature en Guyane. Basée à Saint-Laurent, sur 45 ha de terrain préservé, l'ADNG, spécialisée dans l'éducation à l'environnement, sensibilise au respect de la faune et de la flore de Guyane, chaque année, des centaines de scolaires et de visiteurs.
- Mai 1994. Après sept ans de travaux (dont deux pour la route de 28 km), le barrage de Petit Saut est mis en service. D'une longueur de 740 m, il crée un plan d'eau de 310 km² environ sur une retenue non déboisée. Cet immense chantier inaugure, par son ampleur et les moyens utilisés, l'archéologie contemporaine guyanaise en révélant 305 sites (dont 275 amérindiens). Par ailleurs, lors de la mise en eau du barrage, une opération de sauvetage de la faune permet la capture de 968 paresseux, 229 singes, de jaguars, opposums, serpents, tortues, etc. ; ces animaux sont relâchés sur des zones de forêt voisines.
- Mai - juillet 1994. 500 personnes recrutées au hasard dans les centres de santé et les maternités permettent d'étudier l' « imprégnation de la population guyanaise par le mercure ». Menée par le Réseau national de santé publique, cette première étude met en évidence des niveaux élevés de contamination chez les Wayana et Teko. Alors que l'OMS préconise un seuil à ne pas dépasser de 10 µg/g, ces habitants du haut Maroni présentent une imprégnation moyenne de 12 µg/g ; par contre, la moyenne est de 2 à 4 µg/g sur l'ensemble du littoral.
- Octobre 1994. Début d'un programme de recensements aériens, menés par l'ONCFS et le GEPOG, qui se termine en 1998. Après d'autres études dans les années 80, ce programme confirme l'importance des côtes et des vasières guyanaises pour les migrateurs nord-américains et notamment pour les petits limicoles puisque, pour le seul mois de septembre 1995, 750 000 oiseaux sont dénombrés.
- 12 décembre 1994. La SEPANGUY adresse au préfet de Guyane une pétition « demandant que soient préservées les collines de l'Ile de Cayenne ». Cette pétition a collecté 3 736 signatures en trois semaines dans la seule agglomération de Cayenne.
- 1995. Situé dans une maison traditionnelle créole, rue Madame-Payé, le Musée des cultures guyanaises ouvre ses portes. Au total, plus de 4 000 objets et environ 1 230 iconographies et documents originaux anciens constituent les collections du MCG.
- Juillet 1995. Deux permis de recherches sont accordés à CBJ Caïman pour 25 km² chacun. C'est le début d'une longue saga politico-juridico-environnementale pleine de rebondissements. Le dernier épisode se jouera à l'Elysée le 30 janvier 2008 : « Après avoir pris connaissance du rapport de mission sur ce projet et avoir entendu les ministres concernés, le Président de la République a décidé de ne pas donner une suite favorable au projet. »
- 4 décembre 1995. Sur la commune de Mana, 25 700 ha de forêt sur sables blancs sont classés en arrêté de protection de biotope (APB) pour protéger ce type de forêt tout à fait particulier en Guyane de l'agriculture itinérante incontrôlée.
- 11 décembre 1995. Les deux massifs forestiers contigus de Lucifer et Dékou-Dékou constituent la première Réserve biologique domaniale de Guyane (110 700 ha), gérée par l'ONF.
- 18 décembre 1995. Création de la Réserve naturelle des Nouragues (100 000 ha). Celle-ci abrite un camp écotouristique et deux stations de recherche scientifique de renommée internationale. L'une d'elles, le site de Pararé, dispose depuis 2006 d'un outil unique pour l'étude de la canopée, le dispositif COPAS (Canopy Operating Permanent Access System).
- 4 juin 1996. Le premier vol de qualification d'Ariane 5 est un échec. Le 30 octobre 1997, le lanceur décolle de Guyane pour la deuxième fois ; la mission est un succès malgré quelques anomalies. Le troisième vol expérimental du 21 octobre 1998 est, lui, parfaitement nominal.
- 6 juin 1996. Création de la Réserve naturelle de la Trinité (76 000 ha), entièrement dédiée à la protection des paysages et de la biodiversité ainsi qu'à la recherche en écologie tropicale.
- 20 mai 1997. Près de 2 500 ha de forêt primaire achetés à l'évêché en 1995 par la Fondation Trésor (université d'Utrecht) deviennent, par arrêté préfectoral, la Réserve naturelle volontaire Trésor.
- 1998. Le Rectorat lance une expérience pilote en créant le dispositif des médiateurs culturels bilingues. Dès les années 80, les linguistes et anthropologues soulignaient la nécessité de prendre en compte à l'école les langues maternelles des enfants.
- 13 mars 1998. Création de la Réserve naturelle de l'Amana (14 800 ha). Malgré une grande variation (50 000 pontes sur les plages d'Awala-Yalimapo en 1992 contre 5 000 en 2002), cet espace protégé classé Ramsar reste l'un des principaux sites de ponte des Tortues luths (Dermochelys coriacea) au monde.
- 13 mars 1998. Création de la Réserve naturelle des marais de Kaw-Roura (94 700 ha). Cet espace protégé classé Ramsar abrite l'une des dernières populations viables de Caïmans noirs (Melanosuchus niger) d'Amazonie.
- 21 juillet 1998. Dans la résolution commune de Twenké, « les représentants des peuples autochtones et peuples de forêts » rappellent que « les peuples autochtones n'ont jamais concédés (sic) leur souveraineté sur leurs territoires, les peuples de forêts ayant signés (sic) des traités avec la France afin de garantir leur intégrité culturelle et politique » et exhortent les pouvoirs publics « à satisfaire l'engagement pris par la France au sommet de Rio en 1992. »
- 9 octobre 1998. Kris Wood, fondateur du Pou d'agouti, active association de protection de la nature installée à Saint-Laurent depuis 1990, meurt accidentellement à 45 ans en se pendant dans son hamac. L'association à la tête du combat écologiste et « le journal qui démange » du même nom disparaissent quatre ans et demi plus tard.
- 1999. La Guyane compte officiellement 153 213 habitants, dont 15 000 Noirs Marrons (9 000 Ndyuka & Paramaka, 3 500 Aluku, 2 500 Saramaka) et 6 240 Amérindiens (2 700 Kali'na, 950 Arawak, 780 Wayana, 710 Wayampi, 700 Palikur et 400 Teko).
- Juillet 1999. Le panda arrive en Guyane. Les activités du bureau guyanais du WWF-France s'intègrent à la stratégie régionale du WWF pour le plateau des Guyanes (Guyane, Surinam et Guyana).

 
 


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