icone du toucanXVIIIe siècle

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Copie de pipe d'esclave (vendue au Musée des cultures guyanaises) – Les pipes d'esclaves font partie des rares témoignages matériels de l'esclavage en Guyane.

- 1700. La Guyane compte officiellement quelque 27 000 Amérindiens, 1 399 esclaves noirs, 352 Blancs, 121 esclaves amérindiens et 11 libres de couleur.
- 3 avril 1700. Dans l'habitation de Gennes, sur l'Oyak, 50 des esclaves « se révoltèrent, ils tuèrent le commandant Maulant et égorgèrent les économes des habitations [...]. L'habitation pillée de fond en comble, les assassins prirent la fuite en direction du haut de la rivière [...]. Ces nègres furent saisis au nombre de plus de vingt et on punit les plus coupables en présence de tous les nègres de la colonie. Deux furent roués vifs ; un autre eut le jarret coupé et en mourut, etc., un autre eut le poing coupé. »
- 1727. Le vice-roi du Brésil envoie le colonel Francesco de Melo Palheta en Guyane pour obtenir des graines de café. Les Français refusent d'accéder à la demande de l'officier mais la légende dit que la femme du gouverneur d'Orvilliers, amoureuse de l'émissaire brésilien, aurait dissimulé quelques précieuses cerises dans un bouquet de fleurs qu'elle lui fit parvenir.
- 1727. Le sergent de la Haye, chargé par le gouverneur d'Orvilliers de découvrir des mines d'or et d'argent ainsi que le lac Parimé en remontant l'Oyapock et la Camopi, découvre « une forêt de dix lieues environ d'étendue, presque toutte de cacaoyers. » A son retour, la découverte est rapidement connue et déclenche un engouement pour la culture du cacaoyer (Theobroma cacao). Celle-ci périclite cependant dans les années 1740 puis reprend de manière chaotique pour atteindre son apogée en 1840 avec 50 tonnes de cacao réputé de qualité supérieure. L'abolition de l'esclavage et la découverte de l'or mettent fin à cette culture dans la décennie suivante.
- Vers 1730. Des documents attestent la présence des Wayana dans le sud de la Guyane, dont les mouvements migratoires vers cette zone sont liés aux pressions guerrières des Wayampi. A cette date, toutes les populations amérindiennes ont subi, plus ou moins directement et plus ou moins intensément, les conséquences de la colonisation européenne, situation qu'ils ne dominent plus, et ne domineront plus jamais, et qui bouleverse le panorama des sociétés autochtones.
- 26 février 1744. De retour de son expédition au Pérou pour mesurer la longueur d'un arc de méridien (afin de savoir si la Terre est sphérique ou aplatie aux pôles), Charles Marie de La Condamine arrive au port de Cayenne. Pendant son séjour de six mois (en attendant le bateau qui le reconduira en France), il fait plusieurs expériences, dont une sur le curare, pour savoir « si le venin des flèches » gardé « depuis plus d'un an conserverait encore son efficacité », et une sur la propagation du son entre le fort de Cayenne et « les montagnes de Courou ». Durant son expédition qui dura près de 10 ans, il fit la première description du quinquina et du caoutchouc et dressa une carte particulièrement précise de l'Amazone.
- 30 avril 1748. Après huit années de bataille juridique pour obtenir la jouissance de la « fortune assés considérable » que lui a laissée son défunt mari, l'esclave affranchie « Suzanne Amomba, négresse libre, veuve Paillé, vivant habitant demeurant à Cayenne, rue des Cazernes, [...] fait donation [...] aux enfans de l'un et l'autre sexe pour leur bonne instruction et éducation [...] d'une habitation ». Elle décède le 27 janvier 1755, « âgée d'environ cent ans ».
- 23 juillet 1762. Jean-Baptiste Christophe Fusée-Aublet arrive en Guyane avec le titre d'apothicaire botaniste du roi. Durant son séjour de deux années, il réunit la plus importante collection de plantes, fleurs et arbres de Guyane qui lui permet de faire paraître en 1775 son Histoire des plantes de la Guiane française rangées suivant la méthode sexuelle en 4 tomes (dont 2 pour les quelque 400 gravures en taille-douce). Cette première flore de Guyane constitue aussi le premier traité d'ethnobotanique moderne sur l'Amérique du Sud et la première pharmacopée amazonienne. En outre, marié à une femme de couleur et ayant affranchi ses esclaves malgaches en 1761, il ne partage pas les préjugés racistes de son temps. Dans le sixième mémoire du tome 2 intitulé « Observations sur les Galibis », il écrit : « Les Galibis travaillent volontiers & assez fort, quand ils sont assurés de leur salaire ; mais comme on les a souvent trompés, ils emploient la ruse pour prévenir les Européens. ». Puis il commence ainsi le mémoire suivant, intitulé « Observation sur les Nègres Esclaves » : « On est assez instruit de la manière hautaine, dure, & on serait tenté de dire inhumaine, dont les Nègres esclaves, hommes & femmes, sont traités dans les Colonies que les diverses nations Européennes ont en Amérique. Le peu qui transpire de la conduite des propriétaires & des gouverneurs de ces esclaves, fait frémir quiconque n'a point un intérêt à l'approuver. »
- 20 décembre 1763. Le premier convoi du plus vaste projet de peuplement de la Guyane jamais conçu arrive à Cayenne. Cette opération, imaginée par le duc de Choiseul, ministre de la Marine de Louis XV, est destinée à compenser la perte du Canada et de la Louisiane, qui viennent de passer aux mains des Anglais à la suite du traité de Paris (février 1763) mettant fin à la guerre de Sept ans. Mais sur les 12 000 Européens envoyés pour peupler la colonie, 7 000 ont péri au 1er octobre 1765, 2 à 3 000 ont été rapatriés et à peine 1 800 choisissent de rester (parmi lesquels les familles Garré, Horth, Ringuet, Vernet...). Cet épisode entrera dans l'histoire sous le nom de « catastrophe de Kourou ». J. Meyer (2001) estime qu'au total, jusqu'au XIXe siècle, plus de 100 000 colons français mourront à cause des épidémies (paludisme, fièvre jaune, typhoïde, typhus, dysenterie...).
- 1771 - 1793. L'ingénieur suisse Joseph Samuel Guisan met en valeur des terres basses de la région du bas Approuague. Choisi par Malouet parce qu'il avait déjà effectué les mêmes aménagements au Surinam, il réalise d'importants travaux d'assèchement des marécages en élevant de nombreux polders (évalués à 5 000 ha) et creusant des canaux (futur canal Laussat, canal de Kaw...).
- Août 1776. Après la destruction de leur village principal de Gado Sabi, épuisés par les harcèlements continuels des armées hollandaises, des esclaves marrons, sous la conduite de Boni, traversent le Maroni. Ils s'installent sur les bords de la crique Sparouine avant de remonter vers Kotika.
- Juin 1787. Jean-Baptiste Leblond, nommé médecin naturaliste du roi en octobre 1786, arrive à Cayenne. Il est chargé de rechercher en Guyane le quinquina, seul fébrifuge alors connu contre le paludisme qui sévit en France. Durant son séjour, en trois expéditions, il remonte le Sinnamary et la Comté, la Mana, l'Oyapock, la Camopi, ainsi que leurs affluents mais le chef marron Boni et ses hommes lui interdisent l'accès au Maroni. Il dresse la première carte sérieuse de l'intérieur, qu'il envoie en 1790 à l'Académie des sciences. Il envoie aussi force rapports, mémoires, caisses de minéraux, de plantes, de poissons, d'oiseaux, etc. aux ministères, académies et autres sociétés savantes de métropole. Parmi ces mémoires, un « sur le meilleur moyen à employer pour civiliser les Indiens » projette de leur faire payer un tribut dont ils s'acquitteraient « par la petite culture des denrées coloniales, chacun sur son propre fonds, ce qui en ferait autant de colons laborieux et utiles au commerce de la France ». Il propose aussi d'utiliser les Amérindiens pour réduire les sites des marrons, « ce repaire d'assassins et de voleurs sans frein et sans lois », ou d'introduire 300 000 esclaves dans la colonie pour relancer l'agriculture. Esclavagiste mais acquis aux nouvelles idées révolutionaires, il devient député de la colonie en juillet 1790 mais doit quitter la Guyane à la demande des colons. Nommé botaniste de la colonie, il revient 3 ans plus tard sous la Convention, en 1793, et développe, sur la plantation nationale de La Gabrielle, les cultures tropicales et particulièrement celle des plantes à épices nouvellement introduites. Il quitte définitivement la colonie en 1802, publie Description abrégée de la Guyane en 1814 et meurt dans la Nièvre en 1815 à 68 ans. En 1804, l'entomologiste Pierre André Latreille (1762-1833) lui dédie une mygale (Theraphosa leblondi) : « J'ai cru pouvoir donner à cette Mygale le nom d'un zélé naturaliste qui a parcouru avec une ardeur incroyable une grande partie de l'Amérique méridionale, Leblond. Il a trouvé cette mygale à Cayenne. »
- 14 juin 1788. Le botaniste Joseph Martin plante, à Cayenne, dans le Jardin du roi dont il a la responsabilité, le premier arbre à pain (Artocarpus altilis), originaire d'Océanie.
- 1789. D'après les statistiques officielles, la Guyane comprend 10 748 esclaves, 1 307 Blancs, 812 Amérindiens et 494 libres de couleur. A titre comparatif, la Martinique (1 128 km²) comptait, en 1767, 70 553 eclaves, 12 450 Blancs, 1 814 libres de couleur... et 443 marrons.
- 1790. Rompant avec les Portugais qui voulaient les enrôler de force dans les milices du Pará pour prendre Cayenne, les Wayampi s'installent le long de l'Oyapock.
- 4 - 6 décembre 1790. Sur l'Approuague, à l'habitation Saint-Marcel, l'esclave Bazile (ou Basique), à la tête d'une quarantaine d'hommes, assassine 7 personnes, dont son maître ; c'est le seul cas avéré en Guyane de révolte liée aux idéaux de la Révolution française.
- 11 novembre 1792. La République, proclamée à Paris le 10 août, ayant aboli le suffrage censitaire, le gouverneur Jeannet-Oudin organise de nouvelles élections pour élire l'Assemblée coloniale. Pour la première et seule fois jusqu'à l'abolition de 1848, les Noirs libres ont le droit de vote. La nouvelle assemblée comprend 9 Blancs, 2 mulâtres et 1 Noir, Hector Ménénius, le seul à savoir lire et écrire dit-on.
- 4 février 1794. « La Convention nationale déclare que l'esclavage des Nègres dans toutes les Colonies est aboli ; en conséquence elle décrète que les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens Français, & jouiront de tous les droits assurés par la constitution. » Cette première abolition est proclamée en Guyane à la réception du décret, le 14 juin 1794, par le commissaire civil (gouverneur) Jeannet-Oudin.
- 1795 - 1798. Le Directoire déporte à Sinnamary et Counamama plusieurs opposants politiques et près de 300 prêtres réfractaires. Oublié de tous, le cimetière des religieux est retrouvé par hasard en 1965 à Trou Poissons.
- 9 juin 1798. Louis Ange Pitou, chansonnier déporté pour ses chansons contre-révolutionnaires, écrit dans son journal : « Nous ne sommes qu'à dix-huit lieues de Cayenne. Le vent fraîchit, nous laissons les Deux-Connétables à notre droite ; ces deux rochers arides, point de mire des navigateurs, ne sont couverts que de nids et d'oeufs. Les oiseaux s'y rassemblent en si grand nombre que ces rochers en sont tout blancs ; on leur tire souvent un coup de canon, et ils obscurcissent l'air ; ils ne fuient pas à l'approche de l'homme, lui déclarent la guerre pour défendre leurs couvées ; leur nombre égal à celui d'un essaim de moucherons au bord d'une eau croupissante ne se rebute jamais des coups de bâton dont on ne frappe pas inutilement l'air; tous cherchent avec leurs longs becs à tirer les yeux aux chasseurs. »

 
 


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