Le projet Cambior n'aboutira pas !

L’exploitation aurifère de la montagne de Kaw : un mauvais projet au mauvais endroit !

  La filiale de la société canadienne Iamgold, l’entreprise CBJ Caïman, projetait d’exploiter une mine aurifère à ciel ouvert sur la montagne de Kaw, un des sommets de la biodiversité guyanaise, mais aussi de la France et donc de l’Union européenne.
L’entreprise dispose d’une concession de 30 km² située sur la commune de Roura, avec une activité d’extraction estimée à 7 ans.

La montagne de Kaw constitue une entité unique pour la Guyane puisqu’elle est réputée pour sa haute biodiversité, sa valeur paysagère et son bon état de conservation. L’intérêt de cet espace naturel est d’ailleurs mis en relief par sa reconnaissance en ZNIEFF de type 1 (Zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique), par la présence de deux réserves naturelles (de part et d’autre de la concession minière de CBJ), d’une zone humide classée Ramsar, et le tout dans le périmètre du Parc naturel régional de Guyane (voir carte du permis minier et carte des zones protégées.) D’où l’absurdité de la localisation du projet !

Afin d’être mieux armée contre ce projet, une partie de la société guyanaise s’est regroupée en collectif, ce qui constitue une première pour la Guyane ! Ce fut donc la création du Collectif « NON au projet Iamgold à Kaw ! », le 26 juin 2006.
Ce Collectif répond à une forte opposition de la population guyanaise au projet d’exploitation industrielle d’une mine d’or sur la montagne de Kaw.

Le Collectif regroupe, au 1er octobre 2007, 33 organisations, dont des partis politiques, des syndicats, des collectifs citoyens et des associations de protection de l’environnement (dont le GEPOG, membre fondateur du Collectif).

Il dénonce les effets néfastes et irréversibles de ce projet pour la Guyane et sa population :

   - Un gâchis écologique terrible : destruction d’un site riche en biodiversité amazonienne et son remplacement par des lacs de boue cyanurée.
   - Des retombées économiques insignifiantes pour la Guyane : pour 16 500 euros le kg d’or extrait par CBJ Caïman (selon le cours d’octobre 2007), 10 euros seront encaissés par le Département et 50 euros par la Commune !
   - Des risques environnementaux : 37 714 tonnes de produits toxiques (dont cyanure, acide nitrique, soude, acide sulfurique, nitrate de plomb) seront rejetées dans la nature.
   - Des risques techniques : expérimentation et improvisation d’une société n’ayant pas d’expérience d’exploitation dans les conditions exceptionnelles de la montagne de Kaw.

Par ailleurs le Collectif dénonce des pratiques scandaleuses et indignes utilisées par Iamgold dans d’autres pays :

   - Absence de transparence et rétention d’informations.
   - Lourd passif de cette société dans les pays voisins (Surinam et Guyana), ainsi que dans d’autres pays (notamment au Mali avec la mine de Sadiola).

Le 3 juillet 2006, à la suite de la première enquête d’utilité publique concernant l’autorisation relative aux « installations classées » (ainsi que le permis de construire l’usine et l’ouverture des travaux miniers), le commissaire enquêteur rendait une réponse défavorable à la demande d’autorisation ICPE en raison de réponses insatisfaisantes de l’industriel concernant les rejets de cyanure, l’utilisation de nitrates de plomb et les résidus épaissis par les pluies.
Cette décision avait été suivie d’un gel du projet par le ministère de l’Environnement et de l’envoi d’une première mission d’inspection générale interministérielle. Suite aux conclusions de cette dernière, le premier projet a été abandonné et un nouveau projet a été déposé par CBJ Caïman.

Une seconde enquête publique a donc été effectuée, mais qui a débouché, en mai 2007, sur un avis favorable de deux des trois commissaires enquêteurs. Précisons que le troisième commissaire avait donné un avis défavorable au projet mais que son avis n’a pas été rendu public par la Préfecture.

Puis vient le temps de l’ultime autorisation administrative, avant la signature par le préfet des arrêtés permettant à l’entreprise de commencer les travaux. Mais alors que tout semble s’accélérer, le gouvernement, alerté par les différents opposants au projet, gèle une nouvelle fois le projet, dans l’attente cette fois-ci du Grenelle de l’Environnement.

Lors des conclusions de cette négociation nationale sur l’environnement, certains membres du gouvernement ont déclaré : « il n’est plus possible de laisser faire n’importe quoi n’importe où » et encore : « …ne plus permettre les projets qui induiraient un poids trop lourd pour l’environnement et la biodiversité ».
En ce qui concerne plus particulièrement le projet d’exploitation aurifère de la montagne de Kaw, le Grenelle permet l’envoi en Guyane d’une nouvelle mission d’inspection générale interministérielle. Cette revendication avait d’ailleurs été formulée il y a quelques mois par la Région Guyane et les associations de protection de la nature, GEPOG en tête. Le gouvernement fait savoir que les conclusions de cette inspection seront suivies.

« La forêt guyanaise est un trésor bien plus précieux que l’or que l’on veut lui arracher. Les vraies valeurs ne peuvent pas être dans un minéral, si brillant soit-il. C’est le vivant dont il faut promouvoir le respect » 
N. Hulot et H. Reeves

Chronologie du projet Camp Caïman

Juillet 1995 : Deux permis de recherches sont accordés à CBJ Caïman pour 25 km² chacun : Camp Caïman Est et Ouest.

1997 : Trois autres permis de recherches sont demandés par les industriels. En juin, le Pou d'agouti, soutenu entre autres par le GEPOG, Kwata et l'Association pour la défense des intérêts des habitants de Kaw, lance une pétition intitulée : « Sauvegardons le bijou de la Guyane. Oui au développement durable, non à la recherche minière sur la montagne de Kaw. » Cette pétition alarme les pouvoirs publics sur la proximité des permis avec la future Réserve naturelle des marais de Kaw-Roura (voir le journal Le pou d'Agouti n°20 de juin 1997) ; malgré tout, les permis de recherches sont octroyés.

1998 : Quatre autres permis de recherches sont obtenus par les miniers.

Décembre 2004 : Le gouvernement français accorde à CBJ Caïman une concession minière d’une superficie de 30 km² pour le projet Camp Caïman. Cette concession est valable pour une période de 25 ans.

Janvier 2006 : Enquête publique relative à la demande d’autorisation déposée par la SAS CBJ Caïman (filiale de Cambior) de construction de la piste sud au titre de la loi sur l’eau.

17 février / 17 mars 2006 : Enquête publique au titre de l’autorisation d’ouverture de travaux miniers.

27 mars / 12 mai 2006 : Dépôt de l’enquête publique à la préfecture au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l’environnement.

7 juin 2006 : Le conseil municipal de Roura se déclare opposé à la mine prévue sur son territoire.

8 juin 2006 : Confirmation de l’avis défavorable au projet de Cambior par la DIREN.

26 juin 2006 : Création du Collectif « NON au projet Cambior à Kaw ! »

3 juillet 2006 : Le commissaire enquêteur chargé de la demande d’autorisation ICPE rend un avis défavorable (voir l'article dans le France-Guyane du 12 Juillet 2006).

Juillet 2006 : Le projet d’extraction minière est gelé en attendant le rapport d’une mission d’inspection interministérielle.

17 août 2006 : CBJ Caïman signe un protocole de bon voisinage avec les habitants du village palikur de Favard. La validité de ce document a toutefois été dénoncée par les juristes de la FOAG.

10 septembre 2006 : Appel à la mobilisation citoyenne contre le projet Cambior à Kaw (voir l'article dans le France-Guyane du 12 septembre 2006).

Octobre 2006 : Le rapport de l’inspection est rendu public (voir ce rapport). L’industriel retire son projet.

11 décembre 2006 : Nouvelle demande d’exploitation de Camp Caïman aux différentes administrations

15 février 2007 : Nouvelle enquête publique relative au projet de mine d’or à ciel ouvert (voir les contributions du GEPOG dans ce document).

14 mars 2007 : La municipalité de Roura, au terme d'un conseil municipal houleux, se prononce en faveur du projet CBJ Caïman, avec 11 voix pour et 7 contre (voir l'article dans le France-Guyane du 14 mars 2007).

22 mai 2007 : La commission d’enquête a rendu un avis favorable aux dernières demandes de permis de la société CBJ Caïman.

8 août 2007 : Le projet Camp Caïman est suspendu jusqu’au Grenelle de l’Environnement qui se tient la deuxième quinzaine d’octobre 2007.

25 octobre 2007 : L'envoi d’une seconde mission d’inspection intergouvernementale est décidé par le gouvernement.

22 décembre 2007 : Alors que les conclusions de la seconde mission d’inspection intergouvernementale ne sont pas encore connues, La Semaine guyanaise (l’hebdomadaire local) rend public un sondage d’opinion réalisé en Guyane et commandé par CBJ. A la question : « Etes-vous plutôt favorable au projet ? », 51 % des sondés répondent NON ; 31 % OUI (voir l'article dans la Semaine Guyanaise du 22 au 28 décembre 2007).

30 janvier 2008 : Un communiqué de l'Elysée met un terme au projet : « Après avoir pris connaissance du rapport de mission sur ce projet et avoir entendu les ministres concernés, le Président de la République a décidé de ne pas donner une suite favorable au projet. »

7 mai 2008 : CBJ caïman voit son autorisation de faire une piste dans la montagne de Kaw annulé par le TA de Cayenne. Voir pièce jointe et lien ci-joint : http://blada.com/jodlas/3206-Ces_ecolos_qui_nous_protegent.htm .