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La Réserve naturelle nationale de l'île du Grand Connétable


L’île aux oiseaux
Située à 18 km au large de l'estuaire de l'Approuague, l’île du Grand Connétable était autrefois appelée “ l’île aux oiseaux ” et les voiliers qui passaient à son large avaient pour habitude de tirer un coup de canon pour faire envoler les milliers d'occupants. Ainsi, Louis Ange Pitou, chansonnier déporté pour ses chansons contre-révolutionnaires, écrit dans son journal à la date du 9 juin 1798 : « Nous ne sommes qu'à dix-huit lieues de Cayenne. Le vent fraîchit, nous laissons les Deux-Connétables à notre droite ; ces deux rochers arides, point de mire des navigateurs, ne sont couverts que de nids et d'oeufs. Les oiseaux s'y rassemblent en si grand nombre que ces rochers en sont tout blancs ; on leur tire souvent un coup de canon, et ils obscurcissent l'air ; ils ne fuient pas à l'approche de l'homme, lui déclarent la guerre pour défendre leurs couvées ; leur nombre égal à celui d'un essaim de moucherons au bord d'une eau croupissante ne se rebute jamais des coups de bâton dont on ne frappe pas inutilement l'air ; tous cherchent avec leurs longs becs à tirer les yeux aux chasseurs. »

 

L’île au guano
Le guano accumulé depuis toujours et les roches phosphatées sous-jacentes attirent la convoitise des hommes. À partir de 1894, une concession d'exploitation est accordée à une compagnie américaine sur l'île du Grand Connétable (d'abord James Swann & Cie puis la Grand-Connétable Compagny). En près de 20 ans, la dynamite et la pioche d’une centaine d’ouvriers travaillant à l’extraction chassent les oiseaux et transforment l'aspect arrondi de l'îlet de 2,5 ha en piton tabulaire culminant à une cinquantaine de mètres. Mais en 1915, n’étant plus rentable, l’exploitation est finalement abandonnée et les oiseaux recolonisent peu à peu leur promontoire malgré les bouleversements.

 La RNN de l'île du Grand Connétable © Alain Alcide
La RNN de l'île du Grand Connétable © Alain Alcide.

Les oiseaux protégés
Ce n’est qu’à partir de 1992 que l’île du Grand Connétable bénéficie enfin d’une réelle protection et devient la première Réserve naturelle nationale de Guyane (d'une superficie de 7 850 ha). Afin de préserver ces colonies d’oiseaux marins et leur unique lieu de reproduction entre l’Orénoque et l'île de Fernando de Noronha au large de Natal (soit 3 000 km à vol d'oiseau), la réglementation est très stricte. Sauf autorisation spéciale, il est interdit d'accoster sur l'île tout comme de pêcher dans un rayon d'un mille nautique (1 852 m) autour des deux îlets. L'île est donc interdite au public mais un prestataire touristique organise une sortie permettant de découvrir, depuis son bateau, le littoral de Kaw, l’île du Grand Connétable et l’îlet la Mère.
Depuis le 1er janvier 2008, le GEPOG et l’ONCFS sont cogestionnaires de la Réserve naturelle nationale de l’île du Grand Connétable. L’arrivée de ces deux gestionnaires techniques donne un nouveau souffle aux activités de la réserve. Le GEPOG apporte toute son expertise en terme d’étude des oiseaux et de communication auprès du public. Avec l’ONCFS, qui fournit également un soutien financier et administratif, la surveillance du site pourra être renforcée.

 Garde-animateur et Mouettes atricilles sur la réserve  © Gépog
Garde-animateur et Mouettes atricilles sur la réserve © Gépog.

Les oiseaux étudiés
Si le recensement des oiseaux marins et l’aménagement des sites de ponte de sternes sont entrepris depuis plus de 10 ans, des programmes d’études d’intérêt majeur sont lancés en 2008. Rappelons que cette île accueille, avec 1 600 couples nicheurs, la moitié de la population caribéenne de Sternes royales Sterna maxima et, avec environ 8 000 couples, plus du tiers de l'effectif mondial de Sternes de Cayenne Sterna sandvicensis eurygnatha.
La Frégate superbe Fregata magnificiens, espèce emblématique de la réserve, fait l’objet, depuis 2002, d’une attention particulière de l’équipe Oiseaux marins du CNRS de Chizé (la même équipe qui travaille dans les TAAF), et plus particulièrement depuis que le personnel de la réserve a mis en évidence un lien étroit entre la santé des poussins et l’activité de la pêcherie crevettière. Les objectifs de la réserve, du CNRS et de l’IFREMER (qui suit la pêcherie) se rejoignent donc sur cette espèce. Un programme de recherche conjoint est en cours pour étudier la dépendance des frégates vis-à-vis des crevettiers, en relation avec l’Institut Pasteur de la Guyane qui analyse l’état de santé des oiseaux.
Autre espèce moins emblématique mais tout aussi importante, la Mouette atricille Larus atricilla, qui trouve au Connétable la colonie la plus méridionale de son aire de répartition. Cette espèce est prédatrice des œufs de sternes et a donc un impact majeur sur les colonies de l’île. Les bagueurs du GEPOG seront mis à contribution pour exercer leurs talents. Baguer revêt ici un double intérêt : en écologie fondamentale tout d’abord pour mettre en évidence des adaptations tropicales chez cet oiseau marin, et, en second lieu, en conservation pour mieux comprendre sa reproduction sur le site et ses relations avec les sternes.

 Sternes royales Sterna maxima sur la réserve © Nyls de Pracontal / Gépog.
Sternes royales Sterna maxima sur la réserve © Nyls de Pracontal / Gépog.

 

Nom français Nom scientifique Nombre de couples nicheurs Période de reproduction Remarques
Frégate superbe Fregata magnificens 500 Tout au long de l’année Importante fraction non nicheuse ; jusqu’à 6 000 individus simultanément sur l’île et ses abords
Mouette atricille Larus atricilla 2 000 – 2 500 Avril – septembre Site de nidification le plus méridional de l’espèce ; 20 % de la population caraïbe
Sterne de Cayenne Sterna sandvicensis eurygnatha 8 000 Avril – septembre Plus du tiers de la population mondiale
Sterne royale Sterna maxima 1 600 Mai – août Près de 50 % de la population caribéenne
Sterne fuligineuse Sterna fuscata 250 Avril – septembre Espèce pélagique, jamais observée près de la côte
Noddi brun Anous stolidus 100 Avril – septembre Espèce pélagique, très rarement observée près de la côte
Phaéton Phaeton sp. ? ? Nicheur jusqu’au début du XIXe siècle

Tableau 1. Oiseaux de mer nicheurs de la RNN de l'île du Grand Connétable.

Des poissons aussi
Enfin, le dernier volet, et pas le moindre, concerne le milieu marin. Par manque de temps et de moyens, cet aspect avait toujours été placé au second plan, bien que la réserve soit la seule aire marine protégée fonctionnelle de la côte amazonienne et la plus grande réserve naturelle marine d’outre-mer (TAAF exclues bien entendu).
En 2007, une étude sur le Mérou géant Epinephelus itajara a vu le jour. L’objectif est de comprendre pourquoi, alors que cette espèce est gravement menacée d’extinction (sur la liste rouge de l'UICN), interdite à la pêche au Brésil et dans les Caraïbes, elle est encore relativement présente en Guyane, mais continue de faire l’objet d’une pêche plutôt intensive, notamment aux îles du Salut. L’exclusion de pêche de la réserve pourrait jouer un rôle qu’il est nécessaire de mettre en évidence.

Pour toute information complémentaire :
grand.connetable@espaces-naturels.fr
www.reserve-connetable.com/